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Étudier au Royaume-Uni

Un eldorado coûteux mais toujours aussi attirant pour les étudiants français.

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Étudier au Royaume-Uni
Cet article fait partie du dossier Vivre au Royaume-Uni, dix ans après le Brexit. Téléchargez l’intégralité de ce dossier au format PDF : Guide gratuit à télécharger : Vivre au Royaume-Uni, dix ans après le Brexit. : [not set]/14

Le Brexit devait sonner le glas de l’attractivité britannique pour les étudiants français. Dix ans plus tard, l’état des lieux est plus complexe. Certes, les candidatures européennes ont chuté de plus de 50 % depuis 2020 selon les données de l’HESA, l’agence britannique de statistiques sur l’enseignement supérieur. Mais les universités du Royaume-Uni continuent d’exercer une fascination tenace sur une partie des bacheliers français — malgré des frais qui ont encore augmenté, malgré la fin d’Erasmus, malgré un marché de l’emploi plus incertain. En 2022-2023, les étudiants de l’Union européenne n’étaient plus que 95 500 dans les universités britanniques, contre 152 000 en 2020-2021. Les Français, qui figuraient autrefois au troisième rang des nationalités étrangères les plus représentées, sont aujourd’hui relégués à la huitième place. Mais ils sont encore là. Et une bonne nouvelle est venue modifier le paysage en décembre 2025 : le Royaume-Uni rejoindra Erasmus+ à partir de l’année académique 2027-2028.

Frais de scolarité records

Depuis l’entrée en application du Brexit en janvier 2021, les étudiants français — comme tous les Européens — sont traités comme des étudiants internationaux. Ils doivent donc s’acquitter des mêmes frais que n’importe quel ressortissant extra-européen, sans accès au financement public britannique (Student Finance) et sans le filet de sécurité d’Erasmus+, dont le Royaume-Uni s’est retiré (voir plus bas le retour en 2027).

Les frais de scolarité pour un étudiant international oscillent généralement entre 20 000 et 35 000 euros par an en licence selon les établissements et les filières, davantage encore pour la médecine ou les programmes d’élite. Certains masters affichent des tarifs supérieurs à 40 000 euros annuels. En ajoutant le visa étudiant (environ 490 livres en 2025, soit quelque 580 euros), le coût de la vie à Londres et les frais annexes, un cursus de trois ans au Royaume-Uni représente un investissement total qui peut facilement dépasser les 100 000 euros.

« J’ai déboursé environ 90 000 euros entre ma licence et mon master au Royaume-Uni. Même si les coûts sont considérables, je ne regrette pas mon choix. Je souhaitais vivre l’expérience universitaire britannique. »
Émilie, ancienne étudiante en droit à Royal Holloway, University of London.

Pour autant, des solutions existent pour alléger la facture. De nombreuses universités proposent des bourses aux étudiants internationaux méritants. Des partenariats bilatéraux entre établissements français et britanniques permettent parfois d’accéder à des frais réduits. Et le programme Turing — lancé par le gouvernement britannique en 2021 pour remplacer Erasmus du côté britannique — finance la mobilité sortante d’étudiants britanniques vers l’étranger, contribuant à entretenir des échanges qui, sans être symétriques, maintiennent des liens entre les deux systèmes.

De la verticalité française à la maïeutique britannique

Si le coût est la principale barrière, la pédagogie reste la principale motivation. Loin du modèle magistral de l’Hexagone, les étudiants français qui ont fait le saut s’accordent sur un constat : l’université britannique repose sur l’échange, la participation et l’autonomie.

« Le système britannique est établi sur le principe de la maïeutique socratique : les professeurs enseignent à travers un échange collaboratif avec les étudiants. »
Émilie.

« Très rapidement, mes professeurs ont établi une relation amicale. Ils m’encourageaient à croire en moi et à dépasser mes limites. L’université britannique est, à mon sens, beaucoup moins punitive qu’elle ne l’est en France. »
Anaïs, diplômée du London College of Fashion (UAL).

Classes à effectifs réduits dans les meilleures universités, tutorials en petits groupes, évaluation continue fondée sur les travaux personnels plutôt que sur un examen unique en fin d’année : le format britannique convient particulièrement aux étudiants qui apprennent mieux en faisant qu’en écoutant. La relation entre professeurs et étudiants y est structurellement plus horizontale — un choc culturel réel pour beaucoup de Français, qui y voient souvent un facteur de réussite.

Prestige international et classements mondiaux

Les universités britanniques dominent toujours les grands classements internationaux. Dans le QS World University Rankings 2026, le MIT reste en tête mondial, mais l’Imperial College London s’affirme en deuxième position mondiale, devant Stanford et Oxford (3e), Cambridge (4e) et l’UCL qui restent dans le top 10. Par rapport aux données de notre article de 2023, le paysage a légèrement évolué : l’Imperial College a gagné plusieurs places et s’impose désormais comme la première université européenne selon ce classement. En tout, plus de 90 universités britanniques figurent dans le QS, dont une vingtaine dans les 200 premières.

De l’autre côté de la Manche, la France progresse. L’université Paris Sciences et Lettres (PSL) figure aujourd’hui dans le top 30 mondial selon ce même classement — une montée remarquable depuis sa 44e place en 2023. L’écart avec les meilleures universités britanniques reste néanmoins significatif.

« J’ai toujours voulu obtenir un diplôme de l’université d’Oxford. La qualité de l’enseignement ainsi que la perspective d’une carrière à l’international ont rendu mon choix évident. »
Lily, étudiante en licence d’histoire contemporaine à Queen Mary University of London.

La réputation des diplômes britanniques sur le marché international du travail reste un argument fort, notamment dans les secteurs de la finance, du droit, des arts, des sciences et de l’ingénierie. Un diplôme d’Oxford, Cambridge, de l’UCL, de l’Imperial ou de la LSE ouvre des portes dans le monde entier — et pas seulement au Royaume-Uni.

Professionnalisation anticipée et culture du réseau

L’un des atouts les moins visibles de l’enseignement supérieur britannique est son rapport au monde professionnel. Les universités britanniques entretiennent des liens étroits avec les entreprises et les industries : interventions régulières de professionnels en cours, événements de networking, career fairs, mentorat par des anciens élèves. L’insertion professionnelle est pensée dès la première année, pas seulement en fin de cursus.

« Tous les grands noms de la mode et du développement durable au Royaume-Uni sont intervenus dans mes cours. J’ai pu tisser des liens pour mon avenir professionnel. Mon université est la seule au monde à proposer ce master. Les cours étant dispensés en anglais, mon diplôme est reconnu partout dans le monde. »
Anaïs.

La culture du réseau — les fameux « socials », les associations étudiantes, les dîners avec les alumni — fait partie intégrante de l’expérience universitaire britannique. Elle forme des professionnels habitués à se présenter, à convaincre et à s’insérer dans des réseaux complexes. Une compétence souvent sous-évaluée en France, mais très valorisée sur le marché international du travail.

La crise des universités britanniques

Il serait incomplet de dresser un portrait idyllique sans mentionner la crise profonde que traversent les universités britanniques depuis 2023. Victimes d’un modèle de financement qui les a rendues structurellement dépendantes des frais des étudiants internationaux, elles souffrent aujourd’hui de la combinaison de plusieurs facteurs défavorables.

D’un côté, les frais des étudiants britanniques étaient gelés depuis 2017 à £9 250 par an — bien en deçà de l’inflation — avant d’être relevés à £9 535 seulement en septembre 2025, un rattrapage largement insuffisant selon les experts. De l’autre, la politique migratoire du gouvernement conservateur (2019-2024), qui a restreint les visas étudiants et interdit aux étudiants étrangers en master enseigné d’être accompagnés de leurs proches, a provoqué une chute brutale des inscriptions internationales : -14 % de visas étudiants délivrés en 2024, et des baisses particulièrement sévères en provenance de l’Inde (-26 %) et du Nigeria (-55 %).

Résultat : selon l’Office for Students (OfS), le régulateur de l’enseignement supérieur en Angleterre, 43 % des universités étaient en déficit en 2024-2025. Plusieurs dizaines d’établissements ont mis en place des plans de suppression d’emplois. Cardiff University a annoncé 400 suppressions de postes ; d’autres universités ont fermé des filières entières, notamment dans les lettres, les langues et les arts. L’OfS estime que près de la moitié des établissements pourraient encore être en déficit en 2025-2026.

Pour les étudiants français qui envisagent une candidature, ce contexte invite à la prudence : choisir un établissement financièrement solide, vérifier la pérennité des filières visées et suivre l’actualité du secteur. Les grandes universités de recherche — celles du Russell Group, équivalent britannique des universités d’excellence — restent globalement moins exposées que les établissements plus petits ou les universités post-1992.

Le retour dans Erasmus+ en 2027

C’est la grande nouvelle de décembre 2025 : le gouvernement travailliste de Keir Starmer a conclu un accord avec l’Union européenne pour que le Royaume-Uni réintègre le programme Erasmus+ à partir de l’année académique 2027-2028. Un accord annoncé conjointement par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le ministre britannique chargé des relations avec l’UE, comme l’une des premières avancées concrètes du « reset » post-Brexit souhaité par Londres. La contribution du Royaume-Uni pour la première année est fixée à environ 570 millions de livres — avec un rabais de 30 % par rapport aux conditions standard du traité de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni.

Pour les étudiants français, ce retour est une excellente nouvelle. Concrètement, le programme Erasmus+ permet à un étudiant inscrit dans une université française de passer une partie de sa licence (de deux mois à un an) dans une université britannique partenaire, sans payer de frais de scolarité supplémentaires à l’établissement d’accueil — on continue à payer à son université d’origine — et en bénéficiant d’une bourse mensuelle pour couvrir les frais de vie. Le mécanisme fonctionne aussi dans l’autre sens : les étudiants britanniques pourront à nouveau partir étudier en Europe dans les mêmes conditions. Plus de 100 000 personnes au Royaume-Uni devraient bénéficier du programme dès la première année, selon le gouvernement.

Mais il faut être précis sur ce que ce retour change — et ce qu’il ne change pas. Erasmus+ est un programme d’échange partiel, dans le cadre d’un diplôme obtenu ailleurs. Il ne s’agit pas d’une réouverture aux inscriptions complètes dans les universités britanniques à tarif domestique. Un étudiant français qui souhaite faire l’intégralité de sa licence ou de son master au Royaume-Uni devra toujours payer les frais internationaux — qui peuvent dépasser 30 000 euros par an — et obtenir un visa étudiant. Ce point est fondamental et source de confusion fréquente.

Ce qui change en revanche pour les étudiants européens qui souhaitent simplement passer un semestre ou une année à Londres, Édimbourg ou Manchester dans le cadre de leur cursus : ils pourront le faire via Erasmus+ sans surcoût, comme avant 2020. Une opportunité précieuse, que le programme Turing — créé par le Royaume-Uni après le Brexit comme substitut domestique — n’avait pu reproduire qu’imparfaitement, sans volet réciproque et avec des financements plus limités. Le Turing Scheme devrait d’ailleurs progressivement céder la place à Erasmus+, bien que la transition officielle n’ait pas encore été précisément programmée.

Dossier Royaume-Uni - Mai 2026
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