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« Je crois qu’il est inédit d’avoir une telle remontée du sentiment anti-français »

Xavier Carn, vice-président pour la sûreté en Afrique et au Moyen-Orient d’International SOS, leader mondial de la maîtrise des risques pour les organisations à l’international, partage son analyse sur les tensions anti-françaises.

Pénélope Bacle

Publié

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« Je crois qu'il est inédit d'avoir une telle remontée du sentiment anti-français »

Près d’un mois après les premières manifestations anti-françaises, les tensions ne semblent pas s’essouffler à travers le monde. La France a ainsi de nouveau été prise pour cible lors d’une attaque à la grenade durant des cérémonies du 11 novembre à Djeddah, en Arabie Saoudite. 

Pour Xavier Carn, ces tensions reflètent une situation sans précédent : « C’est la première fois depuis longtemps que la posture et le discours de l’Etat français sont eux-mêmes remis en cause. Cela va au delà des caricatures et de leur publication. C’est le discours du chef de l’Etat qui a été interprété. Il a fallu qu’Emmanuel Macron fasse un autre discours sur Al Jazeera pour tenter de calmer le jeu. Je crois qu’il est inédit d’avoir une telle remontée du sentiment anti-français. Il y a vraiment une déconnexion entre la manière dont la France réagit par rapport à cette menace et ces attaques, et la manière dont la France est perçue. C’est assez troublant ».

Une “vigilance accrue”

L’expert en sécurité d’International SOS, spécialiste des risques de santé et de sécurité, appelle ainsi à la plus grande vigilance des voyageurs et des résidents français à l’international, dans certaines régions : « C’est souvent dans des pays éloignés que les représailles se produisent car la menace terroriste va utiliser les faiblesses éventuelles d’un dispositif. Notre lecture est que la situation des salariés d’entreprises françaises est à suivre de très près, avec une vigilance accrue car il s’agit d’une menace terroriste qui peut être planifiée mais également d’opportunité. Cela signifie que tous les intérêts français, au sens large, peuvent constituer des cibles potentielles. Les cibles diplomatiques peuvent être touchées, mais aussi les entreprises, les écoles, les sites culturels… Nous demandons donc à nos membres d’éviter les rassemblements, d’éviter les lieux fréquentés par les touristes à l’étranger et les expatriés. Nous leur demandons évidemment aussi de renforcer leurs mesures de sécurité et de surveillance ainsi que la protection des sites. Quant aux directions des entreprises, elles doivent assurer un suivi particulier de cette menace, avec notamment une veille sur les réseaux sociaux, pour leur permettre de détecter les signaux faibles ». 

International SOS, qui coopère étroitement avec le ministère des Affaires étrangères, conseille par ailleurs de suivre scrupuleusement les recommandations du Quai d’Orsay : « Il faut toujours mettre l’accent sur la préparation des voyageurs, déclare Xavier Carn, outre d’autres sources d’information médicales et sûreté comme les alertes d’International SOS, il faut suivre de près les Conseils aux Voyageurs du ministère des Affaires étrangères qui sont régulièrement mis à jour. Par exemple, le Département a récemment révisé à la hausse la menace terroriste dans les pays du Sahel. Nous conseillons également à nos clients de s’inscrire sur Ariane pour être régulièrement alimentés par les postes diplomatiques, et pour les expatriés nationaux d’être bien identifiés dans les ilôts de sécurité animés par les services consulaires de nos ambassades ». 

En Asie, la crainte de la rue

Selon Xavier Carn, trois grandes zones géographiques sont à distinguer dans cette crise. A commencer par l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est où les manifestations anti-françaises ont été très importantes. Dans cette zone, International SOS se focalise particulièrement sur les évènements survenant au Pakistan, au Bangladesh, en Inde, et en Indonésie. « Il faut faire très attention au Pakistan et au Bangladesh car il y a, dans ces pays, une importante capacité de la rue à s’enflammer. Certains groupes dans ces pays ont, en outre, intérêt à pousser l’agenda d’un Islam extrêmement rigoriste. La menace terroriste y est omniprésente mais les mesures de sécurité prises à l’égard des salariés d’entreprises étrangères y sont aussi extrêmement renforcées, avec des itinéraires des voyageurs très controlés ».

En Indonésie, le niveau de risque est considéré comme moins élevé. Les experts d’International SOS y craignent toutefois, là encore, les mouvements populaires mais aussi l’influence des discours de la classe politique. « En Indonésie, le niveau de tension est peut-être un peu moindre mais les manifestations de masse s’organisent très rapidement. De plus, quand on voit que le président indonésien Joko Widodo, réputé pour être plutôt modéré, s’est montré très critique à l’égard du discours du président Macron, c’est parce qu’une grande partie de la population indonésienne est largement mobilisée. Il ne peut donc pas se permettre en tant que président d’être en décalage par rapport au sentiment populaire. De l’autre côté des frontières, en Malaisie, l’ancien premier ministre Mahathir Mohamad a déclaré sur les réseaux sociaux que les musulmans avaient le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français. S’il n’est plus au pouvoir depuis des années, il reste influent et c’est un cautionnement inquiétant, même si son message a maintenant été retiré »

En Afrique, la complexité des relations avec la France

En Afrique, International SOS porte une vigilance accrue notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord, dans « les pays où des tensions diplomatiques, des manifestations et des appels au boycott ont eu lieu. On va parler de la Tunisie, de l’Algérie, de la Libye, du Maroc, de la Mauritanie, du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso et du Niger », détaille Xavier Carn. 

Dans ces pays, la situation se distingue toutefois de celle en Asie. « Il n’est pas possible de porter le même filtre partout. Dans certains pays, la France a un impact économique, historique et culturel important. En Afrique de l’Ouest en particulier. La position de la France y est donc très visible. C’est pour cela par exemple que des manifestations d’ampleur ont eu lieu au Sénégal ». Xavier Carn ne pense pas cependant que les manifestations au Sénégal, qui se sont déroulées le 7 novembre, devraient s’étendre :  « Je pense qu’il s’agit d’un feu de paille. Il faut bien sûr une communication bien maitrisée de la part du gouvernement français à l’égard de ces pays et relayée par nos ambassades. Nous pensons que cela va se calmer et que les Dakarois n’iraient pas jusqu’à s’en prendre physiquement aux intérêts français. Il s’agit de certains groupes, certaines organisations, qui peuvent utiliser cette période pour marquer les esprits ». 

Au Sahel, au Mali en particulier, Xavier Carn souligne l’influence potentielle de la présence militaire française et notamment des résultats obtenus sur le terrain par l’opération Barkhane contre les groupes armés terroristes. Dans cette zone, la France est cependant très préparée face à cette menace : « La menace terroriste, notamment au Sahel, est forte mais il y a un travail de fond qui y est fait depuis des années. Le niveau de vigilance des entreprises et postes diplomatiques y est déjà très élevé. Aujourd’hui, entre la crise sanitaire et ce niveau de vigilance maximum, il n’y a pas grand chose de plus qui pourrait être fait en terme de préparation par la France »

Au Moyen-Orient, entre réactions diffuses et posture étatique

« Au Moyen-Orient, nous avons noté des réactions en Iran,  en Syrie, en Jordanie, dans les territoires palestiniens et au Koweit, qui a d’ailleurs été le premier pays à réagir au discours d’Emmanuel Macron, recense Xavier Carn. Le Liban, l’Arabie Saoudite et Oman sont en outre tout particulièrement suivis. Aux Emirats, nous avons, pour le moment, pu observer un ralentissement de la tension ».

Dans cette crise, Xavier Carn indique par ailleurs qu’il est important de bien distinguer les discours d’organisations à celles des postures étatiques, comme en Turquie. D’après lui, le positionnement extrêmement virulent du président turc Recep Tayyip Erdogan, ciblant le discours français contre le radicalisme islamique, n’entrainera pas obligatoirement une hausse spécifique de la menace envers les résidents français, dans un pays où la menace terroriste existe déjà. « En Turquie, il faut déjà considérer la taille du pays et sa complexité : les risques ne sont pas les mêmes selon qu’on se trouve à Ankara ou à Istanbul. Cependant, aujourd’hui, je dirais que la menace terroriste, qui est réelle, ne paraît pas plus élevée pour un Français qu’elle ne l’était il y a quelques temps. Même s’il y a une tension diplomatique forte et une posture très critique de la part du chef d’Etat turc à l’égard de la France, l’appareil sécuritaire de l’état turc est conséquent et les services de renseignement sont performants. Une attaque visant nos intérêts reste malheureusement toujours possible, mais serait probablement plus difficile à organiser que dans nombre d’autres pays de la région ».

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3 Comments

3 Comments

  1. Avatar

    Marie

    19 novembre 2020 at 10 h 52 min

    Merci à Macron et à sa politique étrangère aussi catastrophique que sa politique intérieure. Et merci à tous qui ont voté pour ces incompétents de la république en marche

  2. Avatar

    Agatacriztiz

    19 novembre 2020 at 12 h 31 min

    Regardez les italiens, tellement présents en Afrique qu’ils se nomment eux-mêmes ironiquement les “insabbiati” (les ensablés). Discrètes, très efficaces, bien introduites, leurs entreprises raflent des marchés sur le continent et même au delà, leurs ONG et leurs missions humanitaires sont efficaces. Ils ne touchent pas aux armes (sauf peut-être pour participer à quelques appels d’offres) ni envoient des contingents faire le “ménage” pour défendre leurs intérêts mais semblent être constamment à “l’écoute” des problèmes africains. On devrait s’inspirer d’eux, car depuis des décennies, ils jouissent d’une paix royale dans leur pays et n’ont fait pratiquement pas l’objet de menaces ou d’attentats terroristes.

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