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Le handicap en expatriation : un parcours du combattant ?

Qu’il s’agisse d’un enfant, de son conjoint ou de soi-même, le handicap ne facilite pas les projets de vie à l’étranger. Continuité des soins, couverture médicale, accès aux traitements, comment s’assurer que la logistique suivra et que la personne concernée conservera le même confort au quotidien ?

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Une préparation plus approfondie

Matthieu, atteint d’une paralysie cérébrale, vit au Québec depuis 10 ans. N’ayant pas besoin de traitements, et de peu de soins, il n’a pas rencontré de grandes difficultés lors de ses démarches administratives. Pour d’autres, c’est plus compliqué. Il existe au Canada la notion de « fardeau excessif pour les services sociaux de santé ». L’entrée sur le territoire peut être refusée si le pays considère que l’état de santé de la personne peut allonger les délais d’attente des services médicaux locaux. Mais surtout si le coût des traitements nécessaires dépasse 144 390 dollars sur 5 ans.

Cela n’a pas non plus été le cas d’Elsa, installée à Montréal depuis l’an dernier. Porteuse d’une maladie génétique, elle est paraplégique depuis ses 14 ans, à la suite d’interventions chirurgicales. Elle a fait le choix d’arriver au Québec avec une couverture médicale minimum. « Mon matériel médical coûte trop cher ici, sans prise en charge, je fais donc des allers-retours en France pour m’en procurer ou je me le fais envoyer. J’ai fait des sacrifices car je ne voulais pas laisser passer ma chance de vivre cette expérience mais je suis consciente que ce n’est pas le chemin le plus sécuritaire et économique. »

Qu’il s’agisse du Canada ou d’ailleurs, il n’existe pas de reconnaissance mutuelle des droits liés au handicap, nous apprend le Forum européen des personnes handicapées, contacté à ce sujet. Même au sein de l’Union européenne (UE), il est nécessaire de passer par une procédure de reconnaissance du handicap dans son pays d’accueil. Les allocations liées au handicap versées par l’État prennent généralement fin avec l’installation de l’allocataire à l’étranger.

« Il est essentiel que chacun vérifie les conditions au regard de sa situation personnelle avant son départ et soit transparent avec les services administratifs français lors d’un déménagement à l’étranger. » recommande un porte-parole du Forum. Quant au « fardeau excessif pour les services sociaux de santé », il s’agit d’un concept qui existe également dans d’autres pays. « Certains pays hors UE peuvent imposer des exigences supplémentaires aux personnes en situation de handicap, notamment la preuve qu’elles sont en mesure de subvenir financièrement à leurs besoins. »

Crédit photo : Shutterstock / Alexandros Michailidis

Emploi, transports, mutuelle : des différences parfois notables

Sur place, les nouveaux arrivants découvrent une vision du handicap parfois différente de la France. « Chaque pays classe et reconnaît les handicaps différemment, ce qui peut faire varier le niveau de soutien. Mais on ne peut pas dire qu’il existe des pays “idéaux” pour les personnes en situation de handicap » explique le porte-parole du Forum européen des personnes handicapées. « Certains programmes, tels qu’Erasmus+ et le Corps européen de solidarité, prennent en compte les coûts liés au handicap dans le calcul des aides financières accordées, notamment les dépenses liées aux aménagements raisonnables. »

Dans son parcours pour demander la résidence permanente, puis la citoyenneté canadienne, le handicap de Matthieu n’a jamais été un sujet. Au niveau professionnel, cela n’a été questionné qu’une seule fois. « En dehors de ce seul cas, personne n’a remis en cause mon employabilité ou posé des questions sur mon handicap. Si j’avais des besoins, j’en discutais avec ma hiérarchie, mais c’était chose rare. Ce qui compte c’est que ce qui est nécessaire est fait. Et c’est le cas. »

En arrivant au Québec, il a souscrit à une assurance privée, prenant notamment en charge un éventuel rapatriement. Depuis l’obtention de sa résidence permanence, Matthieu bénéficie de la RAMQ, l’assurance maladie locale.

Elsa compte également demander la résidence permanente prochainement, en attendant elle ne bénéficie pas de la RAMQ mais d’une assurance privée qui couvre ses besoins essentiels. « J’ai fait le choix de ne pas opter pour la Caisse des Français à l’étranger car c’était moins intéressant en matière de prise en charge de matériel. »

Pour eux qui ont fait le choix du Québec, ils doivent cependant faire face à des infrastructures et une météo parfois inadaptées à une mobilité réduite. Matthieu ne peut pas conduire, dans un pays très tourné vers la voiture, et le réseau ferroviaire n’est pas au point. « En ville, les transports en commun sont bons mais toutes les stations de métro à Montréal ne sont pas accessibles. En hiver, le déplacement demande plus d’efforts et de planification, mais je m’y suis fait avec le temps avec ma canne et mon pic à glace. »

Elsa déplore également une accessibilité moindre au Québec, par rapport à la France, même si des efforts récents ont été faits sur les transports publics. « Le climat hivernal rend définitivement les choses plus compliquées, se déplacer avec la neige est difficile et c’est quasiment impossible de se débrouiller seul. Il faut aussi adapter son fauteuil et son équipement médical. Le sel utilisé sur les trottoirs se mêle à la neige, ce qui a gravement abîmé les roues de mon fauteuil, à tel point que j’ai dû les changer à cause de la rouille qui s’est installée en moins de deux mois. » Désormais, la jeune femme utilise un fauteuil spécifique à l’extérieur en hiver, afin de préserver son fauteuil habituel.

Crédit photo : Shutterstock / Habanero Pixel

Résilience, patience et une bonne dose d’anticipation

Les expériences de Matthieu et Elsa les ont confortés dans l’idée que la préparation en amont d’une installation à l’étranger est cruciale. « Il faut que ce soit le plus réfléchi possible, notamment par rapport aux demandes des services d’immigration, et prévoir plus d’argent que le minimum requis par le pays. » estime Matthieu. Il recommande de bien se renseigner sur le système de santé en place et d’anticiper les soins à suivre. « Le handicap n’est pas un frein automatique. Mais il demande beaucoup d’anticipation. »

Elsa livre des conseils similaires. « J’ai préparé mon déménagement plus d’un an à l’avance et il m’a fallu deux ans de plus pour bien y réfléchir. Pour une personne valide c’est une énorme décision, souvent une prise de risque, dans notre cas ça compte triple. Il faut partir avec un maximum d’éléments pour éviter les désillusions et problèmes sur place, et garder en tête que ça peut également mal se passer et qu’on devra peut-être rentrer en France. » Pour elle, heureusement, les choses se passent bien, et elle ne regrette pas d’avoir suivi son rêve.

Pour préparer au mieux votre installation, le Forum européen des personnes handicapées recommande de prendre contact avec les organisations de personnes handicapées locales, « afin de savoir si l’État y propose un accompagnement adapté à votre situation et si votre type de handicap y est évalué et reconnu de manière comparable à la France ».

Résilience et patience sont les maîtres mots de ce parcours, entre les démarches parfois longues de reconnaissance de handicap, et l’auto-financement éventuel des soins pendant quelques temps. Mais, comme pour Matthieu et Elsa, l’anticipation peut suffire à ce que tout se déroule bien.

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