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« Tu as toujours ton sac à dos à faire » : ces expatriés vivent au gré des saisons
Ils sont agriculteurs, grands baroudeurs, saisonniers… Ces expatriés changent régulièrement de pays pour suivre les opportunités. Dans le secteur viticole, suivre la vigne est souvent le seul moyen de travailler toute l’année.
Aurélie Bielac, 32 ans, est partie pour la première fois il y a dix ans. À l’époque, elle fait un BTS commerce du vin. « C’était à la mode de partir faire une vinification à l’étranger. Je venais de finir mes études, donc c’était maintenant ou jamais pour partir voir ce qui se passait ailleurs. » Elle demande son PVT pour aller en Australie, qu’elle reçoit assez rapidement. Logée et nourrie dans une famille, elle se retrouve à être « le bras droit du père. Il était vraiment passionné et il faisait ce qu’il avait envie selon les cépages. C’était différent de tout ce que j’avais pu faire en France, où tout est très réglementé. Là, il me montrait une fois et après, il me faisait confiance. »
Elle repart au bout de neuf mois, des étoiles dans les yeux et avec l’envie de repartir. La petite pause qu’elle souhaitait faire en France se transforme en CDI de six ans. « Au bout d’un moment, j’avais fait le tour et ça n’allait pas très bien. J’avais besoin de repartir. » Et vite. Les vendanges commencent en septembre aux États-Unis et nous sommes en mars 2025. « Je suis fan du pinot noir et du chardonnay et, en Oregon, aux États-Unis, ce sont les deux cépages principaux. »
À la fin des vendanges, elle n’a pas envie de rentrer. Il suffit alors d’alterner d’hémisphère : direction de nouveau l’Australie, dans le même domaine viticole, avec une halte par Hawaï. Après être rentrée en France, elle décide de partir en Nouvelle-Zélande où elle est « accueillie comme le messie, sourit-elle. On appelle ça les régions du Nouveau Monde parce qu’ils font du vin depuis peu de temps. Et ils ont soif d’apprendre. J’avais moi aussi envie d’apprendre, car ils ont du matériel neuf, les cuveries sont plus récentes. »
Depuis, elle est rentrée il y a une semaine, mais avec déjà la promesse d’y retourner en décembre. « Je sais qu’on est dans un âge où tout le monde te dit qu’il faut une maison, un travail, des enfants. Je n’en suis pas là. Oui, tu as toujours un sac à dos, ta valise à faire, à défaire. Mais les rencontres, l’humain, c’est ce qui me marque le plus. »
Constat partagé par Katell Rault, 34 ans. Pour elle, pas de vendanges, ou presque, mais l’envie de voyager, de se découvrir et d’apprendre de nouveaux métiers. « En 2015, je suis partie au Qatar en stage. Puis, en 2019, je suis allée deux ans au Burkina Faso en VIE en tant que graphiste, puis en Mauritanie en VSI, où j’étais chargée de communication. »
« Je n’ai plus de carrière donc je peux faire ce que je veux »
Lorsqu’elle revient en France, elle travaille à distance pour une entreprise en Arabie saoudite. « C’était non-stop, c’était horrible. J’ai fait un violent burn-out. De là, j’ai complètement changé de voie. Je suis partie bosser à Chamonix, dans un refuge de montagne. C’était bien plus épanouissant. Du coup, je suis restée une deuxième saison. Et après ça, je me suis dit : maintenant que je n’ai plus de carrière, je peux faire ce que je veux. »

Après ses voyages, Katell Rault, 34 ans, s’est formée à devenir prof de fitness. Avant de repartir en Inde pour se former au yoga.
C’est exactement ce qu’elle a fait pendant cinq ans. En 2022, à 30 ans, elle part en PVT en Australie. « Je parlais très mal anglais, c’était une catastrophe. J’ai trouvé un emploi de femme de chambre en plein désert. Là-bas, il y avait un mélange d’Australiens et d’expatriés, mais il n’y avait pas un seul Français. »
Au fil des mois, elle progresse en anglais et se découvre une passion pour les endroits reculés, qui l’emmène jusqu’à l’île Kangourou, où elle travaille dans la restauration. Après un an en Australie, l’appel du départ se fait de nouveau sentir, sans pour autant envisager un retour en France. En 2024, elle tombe alors sur une offre dans l’hôtellerie en Finlande et décide de refaire ses valises.
En Finlande, elle donne quelques cours de fitness, une passion qui la suit depuis son premier départ. De retour en France, elle se forme pour devenir professeure, mais les grandes villes finissent par l’étouffer. Alors, elle reprend la route : l’Australie comme aide-cuisinière, la Tasmanie, puis l’Inde, où elle se forme au yoga.
« Créer du lien, découvrir d’autres points de vue et apprendre à me débrouiller seule »
À force de départs et de recommencements, l’envie de se poser commence à émerger. « J’en ai un peu marre de rencontrer de nouvelles personnes tout le temps. Mais c’est aussi ce que j’ai le plus aimé : créer du lien, découvrir d’autres points de vue et apprendre à me débrouiller seule. » En septembre, elle posera finalement ses valises à La Réunion.
Morgan Kehervé, partie en Nouvelle-Zélande en 2015, puis au Chili en 2019 pour les vendanges, estime elle aussi que ces expériences ont été « hyper enrichissantes en termes de rencontres. Tout le monde a ce point commun du vin. Mais quand on fait des saisons, c’est très, très dur de faire ses adieux tous les six mois. »
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