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Comment un Lyonnais a construit un empire de la tech à Bangalore

Expatrié en Inde depuis 2011, Emilien Coquard y a découvert un pays qui allait changer sa vie. Aujourd’hui à la tête de The Scalers, une entreprise d’ingénierie implantée à Bangalore, ce Lyonnais s’est appuyé sur le réservoir de talents indiens pour réussir.

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Comment un Lyonnais a construit un empire de la tech à Bangalore
Cet article fait partie du dossier L'Inde, le pays roi de l'innovation : 7/12

Avant de poser le pied en Inde, Emilien Coquard était déjà entrepreneur sans le savoir. À 17 ans, il a développé une application sur Facebook : « Que penses-tu de moi ? ». Rapidement, il se retrouve avec 2,5 millions d’utilisateurs français, soit un quart des Français présents sur la plateforme à l’époque. « Je me réveillais le matin et j’avais plusieurs centaines de dollars sur mon compte, se souvient-il. Je me suis dit que, peut-être, je pouvais faire de ma passion un métier. »

À 19 ans, Emilien arrête ses études : il est recruté par une des plus grandes agences de développement Facebook de France. Très vite, son entreprise l’envoie à Chennai, dans le sud de l’Inde, pour monter un bureau technique. « L’Inde, je n’y connaissais absolument rien, sourit-il. La seule chose que ça m’évoquait, c’étaient les cochons d’Inde, parce que j’en avais à la maison ! »

A son arrival, le dépaysement est total : 36° à l’ombre, plus de 90% d’humidité, une circulation frénétique dans les rues de la ville… Mais dans les bureaux ultramodernes où il travaille, il découvre une autre facette de l’Inde, celle de l’innovation comme moteur de la croissance économique. « C’était un contraste incroyable, explique-t-il, entre d’une part le chaos ambiant, les bruits permanents, et d’autre part des ingénieurs extrêmement bons qui organisaient des hackathons tous les weekends. »

Le pari de la qualité

En 2014, avec un associé franco-indien, Emilien fonde The Scalers, une entreprise d’externalisation destinée aux entreprises occidentales qui voudraient travailler avec des équipes d’ingénieurs indiens. Mais il décide d’aller à contre-courant des modèles existants. « Sur notre site, on ne parle jamais de coûts, promet-il. Notre slogan, c’est « It’s all about people » [l’humain avant tout, ndlr]. Au lieu de proposer des plateaux de 500 ingénieurs payés à moindre coût, l’entrepreneur mise sur des petites équipes d’ingénieurs ultra-qualifiés. 

Emilien Coquard, fondateur de The Scalers.

Emilien Coquard, fondateur de The Scalers.

L’idée est simple : dans la tech, ce qui crée de la valeur, c’est avant tout la vitesse d’exécution. Mais pour aller le plus vite possible, il faut les meilleurs. Alors, Bangalore, avec son million d’ingénieurs anglophones qui y vivent, s’impose comme la base opérationnelle idéale pour The Scalers : « Dans un rayon de 10 km autour de nous, on va trouver des ingénieurs qui travaillent chez Microsoft, Adobe, LinkedIn, Apple… Des profils impossibles à recruter en France. »

Une success story indienne

L’Inde a longtemps eu la réputation d’être un pays qui ne facilite pas les affaires. Cependant, la reality est « moins compliquée qu’on ne l’imagine », tranche Emilien. Les formalités administratives se délèguent par exemple à un bon comptable. Pour l’entrepreneur français, le vrai défi est ailleurs : « Je pense que la clé pour réussir en Inde, c’est de la compréhension, de l’empathie. Il ne faut pas essayer d’appliquer sa grille de lecture française. Il faut arriver avec des valeurs et des attentes en termes de qualité, mais pour mettre en place une méthode de travail, il vaut mieux partir d’une page blanche. » 

Emilien a ainsi plusieurs priorités comme maintenir la qualité dans la durée ou faire comprendre le niveau d’exigence à des équipes habituées à d’autres standards. Mais il faut également adapter sa mentalité. « On reconnaît rapidement les gens qui sont en Inde depuis peu de temps et ceux qui ont réussi, résume-t-il. La différence, c’est s’ils s’énervent ou non ? » En tout cas, sa recette fonctionne. La croissance de The Scalers est fulgurante : de 200 000 euros la première année à 15 millions en 2025.

L’IA comme accélérateur

Comme toute l’industrie, Emilien est convaincu que l’IA va changer profondément les méthodes de travail. « Les entreprises recrutent beaucoup moins d’ingénieurs intermédiaires, détaille-t-il, mais bien des ingénieurs très pointus, qui, avec des outils comme Cursor ou Claude Code, vont aller 2, 3, 5, 7 fois plus vite. » Dans cette perspective, son modèle de petites équipes très qualifiées est, selon lui, un atout. 

Emilien insiste également sur un autre argument en faveur de l’Inde. Il voit dans ce pays une future puissance géopolitique, qui pourrait constituer une « troisième voie », entre les modèles américain et chinois. « La France, avec son excellence académique, forme d’excellents ingénieurs, plaide-t-il. Grâce à la capacité indienne de passer à une toute autre échelle de production, la coopération entre nos deux pays ne peut que fonctionner. » Aucun doute alors que le traité de libre-échange entre Bruxelles et New Delhi signé en janvier 2026 vienne renforcer un partenariat stratégique entre l’Inde et l’Union européenne. 

Dossier Inde - Juin 2026
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