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Link, l’incubateur le plus français de la Silicon Valley indienne

Fondé à Bangalore il y a plus de dix ans par une entrepreneuse française, l’accélérateur de startups Link est devenu un passage obligé pour les entreprises françaises souhaitant s’implanter en Inde. Entre mise en réseau, préparation au marché local et accompagnement sur le terrain, son modèle a fait ses preuves, au point d’attirer l’attention d’Emmanuel Macron.

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Link, l'incubateur le plus français de la Silicon Valley indienne
Cet article fait partie du dossier L'Inde, le pays roi de l'innovation : 5/12

À Koramangala, le quartier de Bangalore où se concentrent de nombreuses startups, la multinationale japonaise Panasonic réunit une trentaine d’entrepreneurs indiens pour le lancement de son nouveau programme Co.lab Studio. Cette plateforme d’incubation vise à intégrer les innovations locales à MirAIe, son écosystème de maison connectée piloté par l’IA. « En unissant le dynamisme des startups indiennes aux ressources technologiques de Panasonic, nous allons créer des solutions qui changeront profondément la vie des gens », déclare Hiroshi Saijo, directeur de Panasonic Go. Le programme a été confié à Link, un accélérateur devenu l’un des points d’entrée privilégiés pour les entreprises étrangères désirant s’implanter sur le marché indien.

Des back-offices aux hubs d’innovation

L’histoire de Link commence en 2012. Souad Tenfiche, récemment installée en Inde, lance avec l’aide d’un associé indien l’un des premiers espaces de coworking de Bangalore. Rapidement, l’endroit attire des entrepreneurs de la tech locale et le projet change de dimension. En 2014, un partenariat avec Numa, un accélérateur parisien, donne naissance à Numa Bangalore. « Il y a eu un changement de paradigme très clair, se souvient Souad Tenfiche. Soudainement, les back-offices des grands groupes à Bangalore sont devenus des hubs d’innovation. » Numa Bangalore prend son indépendance en 2021 et devient Link, passant d’un modèle d’accélération pure à celui de la mise en relation entre startups et grandes entreprises.

Link mise sur le fait que Bangalore n’est plus seulement une ville de sous-traitance informatique. « L’Inde n’est plus le back-office du monde : elle cherche désormais à jouer un rôle central dans l’innovation mondiale », explique Pratheeksha AK, chargée de l’accompagnement des startups chez Link. Des jeunes pousses spécialisées dans les technologies de pointe y développent des solutions pour l’aérospatiale, l’automobile et l’industrie manufacturière. Des entreprises comme Mercedes-Benz ou Schneider Electric y installent leurs centres de compétences mondiaux. « La question pour ces grands groupes est de savoir comment optimiser le vivier de talents que constitue l’Inde », précise-t-elle.

Le rôle des licornes

Ce modèle repose également sur un phénomène bien connu dans la Silicon Valley : le pay it forward. Les entrepreneurs qui ont réussi réinvestissent dans la génération suivante. Zomato, une application de livraison à domicile fondée en 2008 et aujourd’hui valorisée à près de 25 milliards de dollars, en est l’illustration la plus marquante. Son fondateur, Deepinder Goyal, est désormais business angel dans une trentaine de startups indiennes. Les fondateurs des grandes licornes locales financent désormais les entrepreneurs de demain. « Nous avons de très bons investisseurs, locaux comme internationaux, qui ont établi leur base ici », analyse Madhusha Mishra, directrice de Link.

Madhusha Mishra, directrice de Link

Madhusha Mishra, directrice de Link

Pour les entrepreneurs étrangers, investir en Inde reste un exercice qui pardonne rarement l’improvisation. « Tout repose sur la confiance. Il faut construire un réseau de relations solide », prévient Madhusha Mishra. La préparation en amont joue un rôle décisif : comprendre le marché, identifier les bons partenaires et fixer des rendez-vous avant même le départ. « Lorsque vous descendez de l’avion à Bangalore, vous devriez déjà avoir dix jours de travail derrière vous », assure-t-elle. Depuis Paris, l’accélérateur accompagne les startups françaises avant même leur arrivée en Inde, avec des sessions d’initiation au marché local et des mises en relation avec des entrepreneurs déjà implantés. « Ne perdez pas de temps. Rencontrez rapidement vos investisseurs potentiels et lancez-vous ! », résume-t-elle.

Collaboration franco-indienne

Parmi les entreprises récemment accompagnées par Link figure H Company, une jeune startup française spécialisée dans l’IA agentique. Link l’avait mise en relation avec le St. John’s Research Institute, l’un des centres hospitaliers et de recherche les plus réputés de Bangalore. « Ce qui a impressionné le directeur général de H Company, c’est la vitesse à laquelle ils ont pu lancer un pilote avec cet hôpital. En trois semaines, ils ont signé le contrat, lancé une preuve de concept et obtenu des résultats très rapidement », relate Souad Tenfiche. Lors de son discours d’ouverture au sommet de l’IA à New Delhi, Emmanuel Macron a cité cette collaboration comme exemple de ce que peuvent accomplir ensemble la France et l’Inde dans le domaine de l’intelligence artificielle. Une reconnaissance symbolique du chemin parcouru par Link depuis ses débuts à Bangalore.

Dossier Inde - Juin 2026
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