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En Israël, un reconfinement qui passe mal

Le second confinement décidé par les autorités israéliennes qui démarre ce vendredi 18 septembre compromet la célébration des fêtes juives et met les habitants du pays à cran.

Leslie Fauvel

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Le reconfinement de trois semaines annoncé par le premier ministre Benyamin Nétanyahou fait suite à une flambée du nombre de cas de contaminations au Covid-19 depuis le mois de juillet  : le pays enregistre plus de 160 000 patients testés positifs au coronavirus depuis le début de la pandémie, et plus de 4700 nouveaux cas ont été recensés rien qu’entre le 13 et le 14 septembre.

> Les fêtes religieuses gâchées

Le nouveau confinement tombe au beau milieu de plusieurs fêtes juives: il démarre la veille du Nouvel An juif (Rosh Hashana) et englobe également Yom Kippour et Soukot. Aussi, il sera impossible pour les Juifs du pays de procéder à ces célébrations comme à l’accoutumée, en famille, ni même pour beaucoup de se retrouver dans les synagogues où le nombre de fidèles sera contingenté. Ces nouvelles restrictions sont d’autant plus pénibles à supporter pour les habitants du pays qu’ils avaient déjà été contraints d’annuler les célébrations collectives de la Pâque juive, pendant le premier confinement. La conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger, Daphna Poznanski-Benhamou, installée en Israël depuis plus de quarante ans, ne mâche pas ses mots: “Colère, rage, désespoir et sentiment d’impuissance devant le reconfinement généralisé prédominent au sein de la population. Chagrin et incrédulité aussi de devoir de nouveau passer les fêtes juives les plus importantes et les plus solennelles sans les habituels regroupements familiaux. Nous avions vécu déjà la Pâque juive dans la solitude, une hérésie culturelle, mais le peuple avait accepté le confinement en mars et l’avait respecté”.

Pour le conseiller consulaire Elie Lévy, qui vit à Netanya (30km au nord de Tel Aviv) depuis treize ans, la pandémie de Covid-19 est très inquiétante pour la communauté française d’Israël, dont le nombre est estimé à 150 000 mais dont seul un tiers est inscrit dans les registres consulaires. “La moitié des Français installés en Israël sont des retraités, binationaux dans l’extrême majorité des cas. Nos compatriotes ne vivent pas bien ce reconfinement. C’est très frustrant pour les personnes âgées d’être reconfinées alors qu’elles sont très strictes depuis le début sur le respect des consignes. Pour une communauté très attachée à son judaïsme, c’est d’ailleurs pour cela  qu’elle a fait son alyah (son immigration en Israël, ndrl), c’est très pénalisant de ne pas pouvoir célébrer les fêtes comme on le fait traditionnellement”, déplore-t-il en ajoutant toutefois qu’il est indispensable de respecter scrupuleusement les gestes barrière afin d’endiguer la pandémie.

Pendant le premier confinement, les fuites selon lesquelles le Président Reuven Rivlin et le Premier ministre Benyamin Netanyahou avaient enfreint les dispositions imposées à la population pour passer la fête de Pâque en famille avaient provoqué un véritable tollé parmi les Israéliens. Le second confinement qui commence est d’autant plus mal perçu qu’au sortir du premier, le chef du gouvernement avait enjoint la population à s’amuser et à reprendre une vie normale. En mai, la vie festive qui fait la réputation de Tel Aviv a donc redémarré de plus belle, de même que les grands mariages rassemblant plusieurs centaines de personnes, la plupart du temps au mépris des mesures de distanciation.

> Un lourd tribut économique

La crise sanitaire a fait vaciller l’économie israélienne, dont la croissance oscillait ces dernières années entre 3% et 4% par an, et fait exploser le chômage qui est passé de 3% en début d’année à 21% en août, selon les données de l’Agence israélienne pour l’emploi.

De nombreux Français d’Israël ont donc été violemment touchés par cette crise économique, à commencer par les entrepreneurs qui ont vu leur chiffre d’affaires et leur niveau de vie s’effondrer, malgré les aides mises en place par le gouvernement israélien qui a octroyé 750 shekels (environ 200 euros) à chaque habitant.

Les Français se sont aussi tournés vers le Consulat, comme le précise la Consule de France à Tel Aviv, Florence Mayol-Dupont: “nombre de nos compatriotes sont impactés par cette crise économique, notamment certains ayant fait une alyah récente. Nous connaissons une forte hausse des demandes d’aides sociales auprès du consulat général. Grâce au dispositif d’aide mis en place durant cette pandémie par la France en faveur de ses ressortissants à l’étranger, nous avons déjà aidé 350 Français. Nous poursuivons nos efforts pour aider nos compatriotes les plus en difficulté d’autant que ce dispositif est désormais assoupli et reconductible. Avant même la décision du gouvernement français d’accorder une aide d’urgence aux Français non résidents, l’Ambassadeur de France en Israël, Eric Danon, avait obtenu une augmentation des fonds destinés à l’aide sociale. Les foyers qui ont bénéficié de l’aide de l’ambassade ont reçu en moyenne 500 euros par famille. Ceci étant, de nombreux Français ont été découragés par les lourdeurs administratives liées à la constitution d’un dossier de demande d’aide et ont donc été découragés d’en remplir un. Le Consulat a par ailleurs enregistré une hausse de 10% des demandes de passeports en août, document indispensable aux Français d’Israël pour rentrer en France.

De leur côté, les retraités ont été confrontés à une double difficulté, selon Elie Lévy: “les caisses de retraites françaises avaient suspendu le versement des retraites aux personnes qui n’avaient pas fourni leur certificat de vie. Le deuxième problème a été le sous-effectif des banques israéliennes qui ont tardé à acheminer les pensions vers leurs destinataires, elles ont été particulièrement lentes. Donc il y a eu un décalage de trésorerie pour les retraités”.

Mais pour Daphna Poznanski-Benhamou, les aides du gouvernement israélien sont loin d’être suffisantes pour permettre aux plus précaires de surmonter cette crise. “Dans leur grande majorité, les Israéliens sont furieux et même ses partisans accusent le gouvernement d’incurie. Il faut savoir qu’il n’existe pas d’Etat-Providence en Israël. Les auto-entrepreneurs, très nombreux, n’ont pas été indemnisés de la perte totale de leurs revenus durant le confinement. Seules les grandes enseignes ont reçu des fonds importants, car elles avaient fait du chantage aux licenciements. A présent, sur les réseaux sociaux, les commerçants appellent à la rébellion, assurant qu’ils préfèreront payer des amendes pour non-respect du confinement plutôt que de faire faillite”.

Car pour faire respecter le nouveau confinement, le gouvernement israélien a opté pour des mesures coercitives: des volontaires vont aider les forces de l’ordre à faire respecter le confinement, et l’amende en cas de non-respect de la quatorzaine obligatoire pour toute personne revenant de l’étranger s’élève à 5000 shekels (1200 euros). En cas de récidive, des peines de prison pourront même être décidées.

> La solidarité française en action

Plusieurs associations francophones ont travaillé d’arrache-pied depuis le début de la crise sanitaire pour aider la communauté française. L’ADFI (Association démocratique des Français d’Israël) a monté avec l’aide des Consulats des cellules de soutien psychologique à Jérusalem et Tel Aviv. Elle a également fourni une assistance juridique et a relayé les informations des autorités israéliennes et françaises. Elle a aussi aidé des Français dans leur dossier de demande d’aide d’urgence et a obtenu des secours pour des personnes en situation précaire. En collaboration avec l’Association des 150 000 Français d’Israël, elle a obtenu la suspension de la validation des certificats de vie des seniors jusqu’au 1er juillet dans le monde entier. D’ailleurs, le CASIFAN, association qui travaille auprès des nouveaux immigrants de la ville de Netanya, s’est occupée de faire valider par la mairie les certificats de vie des seniors.

De son côté, l’association Qualita, qui s’occupe de l’intégration des nouveaux immigrants, a doublé l’aide consulaire spéciale Covid pour les personnes l’ayant reçue. L’AFBTAR (association de bienfaisance de Tel Aviv et sa région) et l’AFSNI (Association française de solidarité des Français d’Israël) ont continué à oeuvrer auprès des personnes défavorisées, et ont distribué des fonds spéciaux reçus à cet effet. La Maison francophone de Tel Aviv s’est illustrée dans l’information auprès des immigrants de fraîche date et a organisé un réseau de volontaires pour faire les courses aux personnes âgées durant le confinement.

Florence Mayol-Dupont, la Consule de France à Tel Aviv, se veut rassurante: “je recommande aux Français de ne pas rester isolés en cas de difficulté. L’équipe consulaire reste disponible pendant le confinement pour les cas d’urgence et nous pouvons les mettre en contact avec des psychologues français en cas de besoin. Les associations et les élus consulaires font aussi preuve d’une solidarité à toute épreuve. En cette période de nouvel an juif, je leur souhaite shana tova avec tous mes vœux de santé et de paix. Ayons confiance en notre capacité individuelle et collective à relever ce défi”.

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