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Sabine Sciortino : « mon objectif est de consolider et moderniser nos réseaux culturels sur les cinq continents »

Après plus de trois années en tant que conseillère de coopération et d’action culturelle et directrice de l’Institut français au sein de l’Ambassade de France au Liban, Sabine Sciortino a été nommée directrice de la diplomatie culturelle, éducative, scientifique et universitaire au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Pour le Journal des Français à l’étranger, elle revient sur ses missions, ses enjeux et l’importance de la francophonie dans le monde.

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Sabine Sciortino : « mon objectif est de consolider et moderniser nos réseaux culturels sur les cinq continents »
Cet article fait partie du dossier Education, scolariser ses enfants à l'étranger Téléchargez l’intégralité de ce dossier au format PDF : : [not set]/15

Français à l’étranger : Vous avez été nommée directrice de la diplomatie culturelle, éducative, scientifique et universitaire en novembre dernier : quelles sont vos ambitions à cette fonction ?

Sabine Sciortino : Une des missions centrales de cette direction, au sein de la Direction générale de la mondialisation du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, est d’animer nos réseaux culturels sur les cinq continents, mais aussi de coordonner et piloter notre coopération culturelle, éducative, scientifique et universitaire à l’international.

Grâce à son ancrage, ce réseau est un observatoire privilégié pour comprendre les dynamiques locales et un levier pour la mise en œuvre de projets sur le terrain. Les Instituts français, les lycées français et les Alliances françaises incarnent souvent la première image de la France à l’étranger. Mon objectif est de consolider et moderniser ce réseau pour l’adapter aux grands enjeux de notre diplomatie.

FAE : Quels sont les enjeux et les problématiques auxquels vous devez faire face ?

S.S. : Nous voulons contribuer à une meilleure compréhension mutuelle avec nos partenaires étrangers, développer la coopération bilatérale et multilatérale et promouvoir nos valeurs, tout en défendant notre souveraineté.

Dans un monde marqué par la recrudescence des conflits, l’expansion des manipulations de l’information et l’aggravation des tensions, il est essentiel de préserver des espaces de dialogue.

Dans le contexte actuel de conflit au Moyen-Orient, nous sommes particulièrement mobilisés pour assurer la sécurité de nos établissements culturels et éducatifs. Nous veillons aussi à maintenir nos activités, notamment en ligne, chaque fois que cela est possible, tout en exerçant une vigilance sur la situation de nos équipes et de nos publics, en particulier des communautés françaises à l’étranger.

Un autre enjeu de taille est la lutte contre la désinformation. L’espace numérique constitue aujourd’hui un théâtre d’affrontement : il est utilisé pour discréditer, mais aussi pour entraver la libre circulation d’informations fiables et vérifiées. Grâce aux programmes de Canal France International et de France Médias Monde, à des actions de formation et de mise en réseau d’initiatives internationales, nous contribuons à la préservation d’une information transparente et de qualité.

Enfin, face aux grands défis globaux (santé, climat, IA), nous devons à la fois mobiliser les talents et favoriser l’émergence de nouvelles coopérations scientifiques entre centres de recherche français et étrangers. Nos services universitaires et scientifiques y travaillent au quotidien, en s’appuyant notamment sur les chercheurs français qui travaillent déjà dans les institutions de recherche à l’étranger.

FAE : Vous avez évoqué la recrudescence des conflits. Dans ce contexte, quelle est la place de la francophonie ?

S.S. : La Francophonie est une communauté d’une diversité exceptionnelle, unie par une langue parlée par 320 millions de personnes. Dans un contexte international marqué par des fractures, la francophonie incarne aussi une volonté de dépasser les clivages et de multiplier les espaces d’échange. L’Organisation internationale de la francophonie s’affirme comme un espace de dialogue à l’heure où le multilatéralisme est fragilisé.

Le français est aussi une langue d’insertion professionnelle et sociale, une langue d’opportunités et d’émancipation, en particulier pour la jeunesse. La France soutient de nombreux projets, comme les campus professionnels franco-libanais, kényan, indien, indonésien, ouzbèke, argentin ou encore sud-africain, qui permettent d’apprendre le français au plus près des réalités économiques locales.

Cet intérêt croissant pour la francophonie se reflète dans l’augmentation du nombre d’apprenants : celui-ci a progressé de 30 % entre 2019 et 2024, en particulier en dehors des zones traditionnellement francophones. À titre d’exemple, l’Inde compte plus de 600 000 apprenants du français.

FAE : Comment développez-vous l’enseignement du français dans le monde ?

S.S. : Nous proposons une offre d’apprentissage du français adaptée aux besoins de nos partenaires et des publics, qui repose sur plusieurs leviers. Tout d’abord, le réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger, qui scolarise plus de 400 000 élèves en 2026, dont une majorité d’élèves étrangers.

Ensuite, nous accompagnons le développement de l’enseignement du français dans les systèmes éducatifs nationaux. Plus de 200 000 élèves, dans près de 70 pays, sont ainsi scolarisés dans les filières labellisées « France Éducation » par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Enfin, le réseau des Instituts français et des Alliances françaises propose des cours de français et des certifications (DALF et DELF) adaptées aux apprenants (entreprises, étudiants, jeunes publics, etc.).

Nous accordons une attention particulière aux perceptions et aux attentes de nos publics. C’est dans cette perspective que nous avons mené en 2024 une vaste enquête internationale, dans 14 pays, pour mieux identifier – et lever – les freins à l’apprentissage du français. Parmi ces obstacles figurent notamment l’accessibilité et la lisibilité de l’offre d’apprentissage, la perception d’une langue difficile ou encore le coût des formations. Dans le pilotage de notre réseau, je veillerai à mettre en œuvre les recommandations issues de cette étude.

FAE : Cet enseignement du français peut-il devenir un outil d’influence, de coopération et de rayonnement culturel à travers le monde ?

S.S. : L’enseignement du français et en français constitue un pilier de notre diplomatie culturelle. Il s’inscrit dans une démarche de promotion du plurilinguisme et de la diversité des expressions culturelles, qui a été renforcée en 2019 avec la mise en place d’une stratégie internationale pour la langue française et le plurilinguisme.

Par ailleurs, notre réseau déploie aussi une offre linguistique auprès de publics ciblés : responsables politiques et économiques, diplomates, partenaires de coopération, personnalités médiatiques et culturelles ou encore influenceurs. L’objectif est de constituer des réseaux d’influence durables, sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour développer nos coopérations.

Les anciens élèves de nos lycées et les étudiants formés en France constituent également des partenaires privilégiés : leur maîtrise de la langue française et leur connaissance de notre pays sont des atouts précieux au service de la relation bilatérale.

FAE : Comment l’éducation peut-elle prendre sa place au cœur de la diplomatie française ?

S.S. : L’éducation est d’ores et déjà une priorité de notre diplomatie. Nous nous appuyons sur un réseau dense d’attachés de coopération éducative et d’attachés pour le français, qui travaillent au quotidien avec les autorités et institutions éducatives locales.

Au-delà de l’enseignement du français, nos coopérations universitaires jouent un rôle clé. Elles permettent notamment la création de doubles diplômes et de programmes de mobilité étudiante, soutenus par des dispositifs de bourses.

Au sein de l’Union européenne, les « universités européennes », des alliances entre établissements français et étrangers, permettent aux étudiants d’obtenir des diplômes conjoints et de bénéficier de la richesse et de la diversité de l’offre universitaire européenne.

Dossier Education - Avril 2026
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